ELEVES INTERDITS DE BAC 2013 : Mise en Place d’une Commission de Révision

Au mois d’avril dernier, le Ministère de l’Education nationale a notifié à plus de deux mille élèves candidats au baccalauréat 2013 qu’ils étaient interdits de passer le fameux examen. Alors qu’ils redoublaient la classe de première, ces élèves se sont rendu coupables de falsification de bulletins de notes en vue de leur inscription en classe de terminale, a expliqué le ministère.

Suite à cette décision, qu’ils ont trouvée particulièrement sévère et injuste, les élèves interdits de bac estimaient n’avoir commis aucune faute qui pourrait justifier de telles mesures. Ils se disaient avoir été sacrifiés à la place des véritables coupables que sont les chefs d’établissements ainsi que les enseignants qui ont validé leurs bulletins. Ils ont ainsi entrepris des actions telles que des marches et sit-in dans la ville de Libreville, notamment devant le ministère de l’Education nationale et devant le siège de la Direction Générale des Examens et Concours (DGEC) sis à l’Université Omar Bongo pour exiger leur réhabilitation. « La seule chose que nous revendiquons, c’est la possibilité de passer notre baccalauréat », déclarait l’un d’eux. Un autre de renchérir : « Personnellement, j’aimerais qu’on nous fasse passer le bac. Le bac c’est notre avenir. »

Fermeté du Ministre de l’Education nationale

Devant la fermeté du Ministre de l’Education nationale, M. Séraphin Moundounga qui n’entendait pas revenir sur cette mesure, une vingtaine d’élèves décident d’observer une grève de la faim devant la cathédrale Sainte Marie, « afin d’implorer Dieu, et surtout le pardon de M. Séraphin Moundounga, voire du Chef de l’Etat ».

Les parents des élèves concernés ont ameuté l’opinion publique et mis la pression sur les pouvoirs publics. Une parente d’élève a ainsi déclaré : « Quand les parents apprennent juste à un ou deux mois de l’examen que l’enfant ne passe pas le bac, allez comprendre. On est désespéré. »

Devant l’ampleur prise par le mouvement de grève, le Chef de l’Etat, M. Ali Bongo Ondimba, a décidé de mettre en place, une commission chargée d’étudier au cas par cas les dossiers des élèves concernés par la décision ministérielle. A peine nommé à la tête de cette commission, M. Antoine Mboumbou Miyakou, ancien ministre de la République s’est rendu auprès des grévistes, à qui il a demandé d’arrêter leur mouvement. « Je suis votre père. On m’a nommé pour travailler en votre faveur. Faites-moi confiance. Rentrez à la maison. Je vais travailler pour vous », a déclaré M. Mboumbou Miyakou aux élèves grévistes.

Rejet du cas par cas

Pendant qu’une partie des grévistes a accepté les recommandations de M. Mboumbou Miyakou, d’autres ont refusé catégoriquement de lever le siège et rejeté le cas pas cas. La mère de l’un des élèves grévistes a ainsi déclaré : « Les enfants ont fait la grève ensemble, ils doivent gagner ensemble aussi. Par conséquent, il ne doit pas y avoir de cas par cas. »

Quelque soit la suite qui sera donnée à cette affaire, des questions se posent. Quels résultats attendre de tels candidats ? Pensent-ils gagner leur bac au petit bonheur de la chance ? Comptent-ils principalement sur le fameux « carreau », qui transforme un cancre absolu en super crack ?

Depuis la prise de cette mesure en avril, les élèves concernés ont entrepris marches et sit-in, puis observé une grève de la faim pendant près de deux semaine. La commission va siéger pendant près de deux semaines. Quand les résultats des travaux de la commission seront connus, il ne restera que quelque quinze jours avant la tenue de l’examen.  Ces élèves (qui n’ont pas le niveau de terminale – il faut le rappeler) n’auront donc pas eu le temps matériel de réviser leurs cours. On peut donc sans risque de se tromper affirmer que la très grande majorité de ces candidats court vers l’échec.

Suite à ces nombreuses interrogations, il se murmure, dans les milieux autorisés, qu’il sera peut-être organisé une session spéciale pour ces candidats.

Réactions des acteurs de l’éducation

Cette affaire a suscité des réactions pour le moins surprenantes de la part de certains acteurs du secteur de l’éducation. Ainsi, Marcel Libama, enseignant et leader de la coalition des syndicats de l’Education nationale, la convention nationale des syndicats du secteur de l'éducation (Conasysed), a déploré une décision trop sévère contre les élèves : « Dans le cas où la faute est avérée, il y a des complicités. On ne peut pas comprendre que d’un côté, il y a des chefs d’établissement qu’on autorise à terminer l’année scolaire en tant que chef d’établissement et de l’autre, des enfants qui sont des victimes » fit-il savoir.

On a l’impression que les membres de la Conasysed se complaisent dans une opposition systématique à leur ministre de tutelle. Car comment comprendre que les enseignants, qui passent le clair de leur temps à déplorer le faible niveau de leurs élèves, s’insurgent contre une mesure qui découle du bon sens. Un élève qui passe en classe supérieure de façon frauduleuse doit-il être soutenu? La question ne devrait même pas se poser. Notre système éducatif est gangrené par la tricherie et la fraude. Et comme avec toute gangrène, l’emploi de méthodes radicales s’impose.

Les enseignants ont, dans leur écrasante majorité, applaudi la fermeté de M. Séraphin Moundounga. Un professeur a fait remarquer : « Comment voulez-vous que j’approuve cette histoire de commission de révision ? Pour une fois, je suis d’accord avec M. Moundounga, qui veut mettre de l’ordre dans l’école gabonaise. D’autant plus que ces élèves sans niveau tirent généralement vers le bas le taux de réussite aux examens nationaux. Vous imaginez qu’avec 2.500 candidats qui n’ont pas le niveau de terminale sur un ensemble de près de 20.000 candidats au bac, avant même le début de l’examen nous avons déjà un taux d’échec de 12.5%! Vous entendez? 12.5% !» Et un autre enseignant d’ajouter : « Quand le taux d’échec va sera très élevé, ces mêmes parents d’élèves, qui insistent pour que des élèves de première passent le bac, seront les premiers à jeter l’anathème sur les professeurs !»

Sébastien Nzuzi, LTB News, le 2 juin 2013

Commentaires (1)

1. NZAMBA Jess Rodney lundi 03 Juin 2013

Pourquoi prendre une décision s'il faut après la remettre en cause?
Le Ministère de l'Education nationale a certes pris une mesure sévère mais légitime et qui devait dissuader tout élève de passer frauduleusement en classe supérieure toutefois, si les autorités cèdent à la pression des élèves reconnus avoir falsifier des documents afin de passer le Baccalauréat alors je n'ose même pas le ridicule de la situation car je doute fort que la commission de révision mise en place fera preuve d'objectivité lors de l'étude des dossiers de ces élèves.
Rien ne nous prouve que les élèves qui verront à nouveau leurs candidatures rejetées ne se lanceront dans une nouvelle grève, marche ou autre manifestation. Voilà pourquoi je pense que Le Ministère de l'Education national ne devrait pas remettre en cause leur décision en mettant en place cette dite commission.

Rodney NZAMBA

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